L’empreinte eau : on décode pour vous !

Avez-vous déjà entendu parler de l’empreinte eau ? Non ? Et si on vous dit que le tout dernier T-Shirt à la mode a nécessité pas loin de 2500 litres d’eau pour être conçu ? Mais que se cache-t-il derrière cette notion ? Comment est-ce calculé ? Est-ce vraiment proche de la réalité ? On décode tout ça ensemble dans cet article !

empreinte eau illustration

L’empreinte eau : définition

L’empreinte eau représente la quantité d’eau qui a été réellement utilisée dans la fabrication d’un bien ou d’un service. On l’appelle aussi « eau virtuelle ». Elle comprend l’eau utilisée pour l’extraction des matières premières, mais aussi pour le transport ou la manutention.

Soyons plus clair avec un exemple. Selon vous, produire un T-Shirt de 250gr nécessite combien d’eau ? Essayons de faire un inventaire ensemble. On imagine bien qu’il faut de l’eau pour faire pousser le coton. Il en faut également pour créer les produits utilisés dans ces champs de coton. Il y a ensuite la partie fabrication du T-shirt, avec l’eau utilisée dans l’usine, ou encore pour produire l’énergie nécessaire à l’alimentation de l’usine. On parle ensuite du transport, avec l’eau utilisée pour produire des carburants. Il faut aussi de l’eau pour fabriquer le plastique qui permet au T-Shirt de voyager sans tracas.

Tentons un autre exemple : un œuf. L’œuf a-t-il besoin d’eau ? L’œuf non, mais la poule, oui ! Et pas seulement pour faire boire la poule. Il faut aussi faire pousser et transformer les céréales qui lui serviront de nourriture. Sans parler des carburants, du transport, de l’emballage des œufs.

L’empreinte eau, une question de moyennes

Avec les exemples fournis au-dessus, on comprend que l’empreinte eau d’un produit dépend des lieux de fabrication et de consommation. Un œuf issu d’une poule élevée dans un jardin, nourrie avec des restes de repas, et qui sera ramassé par le foyer n’a pas la même empreinte eau qu’un œuf issu d’une poule élevée dans un pays lointain et nourrie avec des céréales issues du Brésil. Ainsi, quand on parle d’empreinte eau, on parle souvent de moyennes mondiales.

Le Water Footprint network est le réseau de référence sur l’empreinte eau. Il propose de donner les chiffres de l’empreinte eau pour une multitude de produits. Pour reprendre l’exemple du T-Shirt, on peut donc y lire une empreinte eau de 2495 litres. Dans la suite on arrondira à 2500L. Si l’on regarde dans les publications scientifiques associées (Mekonnen and Hoekstra, 2010), cette empreinte eau se décompose selon :

  • 1 – L’eau verte, qui représente l’eau de pluie absorbée par les plantes, stockée dans le sol ou évaporée.
  • 2 – L’eau bleue, qui représente l’eau prélevée par l’Homme dans les rivières, lacs ou nappes.
  • 3 – L’eau grise, qui représente la quantité d’eau qu’il a fallu utiliser pour diluer les polluants issus de la production du produit, afin de rejeter l’eau dans la nature.
empreinte eau objets

Source : SUEZ

L’eau verte et l’eau bleue peuvent facilement se calculer. Surtout dans le domaine agricole, avec les besoins en eau des plantes ou des animaux. La séparation eau verte / eau bleue se fait ensuite selon la quantité d’eau utilisée issue de l’eau de pluie ou issue des prélèvements. Le calcul de l’eau grise est plus complexe. Il prend en compte le polluant le plus critique et la concentration maximale acceptable de polluant (normes mondiales).

Et du coup, notre T-Shirt ?

Pour le T-Shirt, les 2500 L d’eau se divisent en 54% d’eau verte, 33% d’eau bleue et 13% d’eau grise. Bien évidemment, la culture du coton ne se fait pas de la même manière selon les pays. Mekonnen et Hoekstra chiffrent l’empreinte eau du coton fabriqué en Inde à 22500 L/kg, contre 6000L/kg pour celui fabriqué en Chine. Dans les faits, le calcul d’une empreinte eau est très complexe. Il faut lister tous les types de fabrication existants, puis regrouper les empreintes eau des sous-produits pour aboutir à l’empreinte eau du produit final.

Ce type de calcul d’empreinte eau, qui est une approche par volume, permet aussi d’avoir d’autres types de statistiques (Rapport WWF), telles que :

  • L’empreinte eau d’un consommateur français serait de 1786 m3 par an (1996-2005), majoritairement de l’eau bleue. C’est le volume d’eau nécessaire pour produire les biens et services consommés annuellement par un Français. Encore une fois, c’est une moyenne qui varie énormément selon le type de consommation de chaque personne.
  • Le maïs représente 50% de l’empreinte eau bleue de la production agricole en France, notamment pour nourrir le bétail.
Mais
  • Un chiffre : 47% de l’empreinte eau Française est externe… c’est-à-dire que la moitié de l’eau qu’on utilise provient d’autres pays.

L’empreinte eau : et si c’était plus complexe ?

Avec les définitions données précédemment, on estime que 5000L d’eau utilisés au Yemen, où l’eau est rare, ont le même impact que 5000L d’eau utilisés au Canada, où l’eau est plutôt abondante. Ce qui n’est évidemment pas le cas. Ainsi, d’autres chercheurs (Pfister, 2009) ont mis au point de nouvelles définitions. Elles prennent en compte un critère de « stress hydrique ». Ce facteur peut varier de 0 (pas de problème de disponibilité en eau là où elle est prélevée) à 1 (l’eau prélevée va grandement manquer pour autre chose).

Eau prélevée VS eau consommée​

Dans la définition de l’eau bleue du Water Footprint Network, l’eau considérée était de l’eau prélevée, dont une partie est directement rendue au milieu, lequel n’en n’est donc pas privé. Les définitions utilisant le critère de stress hydrique se basent sur l’eau consommée plutôt que l’eau prélevée.

L’eau consommée est la quantité d’eau utilisée mais non directement restituée au milieu naturel. Par exemple, lorsqu’on arrose une plante, l’eau absorbée par la plante, infiltrée dans le sol ou évaporée est de l’eau consommée. Elle reviendra dans le cycle de l’eau, mais on ne sait ni quand, ni où. Au contraire, l’eau utilisée pour laver la vaisselle est rejetée au milieu après usage (et après traitement). Elle peut donc être disponible pour une autre utilisation. Cette eau consommée permet d’estimer l’eau qui est retirée du milieu naturel, qui s’en retrouve privé. En effet, même si l’eau évaporée retourne dans l’atmosphère, il y a de fortes chances pour qu’elle retombe sous forme de pluie dans une autre zone que là où elle a été prélevée.

Prise en compte du stress hydrique​

Ainsi, ces nouvelles définitions ont permis de passer d’une empreinte eau calculée à partir d’une eau bleue, verte et grise prélevée, à une eau bleue consommée, multipliée par un facteur de stress hydrique.  Avec cette méthode, notre T-Shirt passe de 2500L d’empreinte eau à 1170L. En réalité, c’est 1210L d’eau consommée, multipliée par un facteur de stress hydrique très proche de 1. En effet, l’eau est consommée en Inde, où le stress hydrique est important. Attention ! Cela ne veut pas dire que l’empreinte eau diminue… Dans nos 2500L initiaux, nous considérions l’eau prélevée, dont une partie retourne au milieu. Dans les 1170L, nous considérons seulement l’eau qui est retirée du milieu naturel. Pour faire clair, un T-Shirt de 250gr prive les milieux naturels de 1170L d’eau, qui auraient pu bénéficier aux écosystèmes ou à d’autres usages.

L'empreinte eau AWARE

Dans la définition de Pfister, la pollution n’a pas été inclue, et on reste toujours sur la notion d’eau disponible. C’est pour cette raison qu’une nouvelle méthode a vu le jour ces dernières années, la méthode AWARE (Available WAter REmaining). Cette méthode est devenue la norme officielle à l’échelle européenne et combine :

  • Un score équivalent au précédent, en considérant eau consommée et stress hydrique,
  • Les vrais impacts issus des polluants utilisés pour fabriquer le produit. Cette évaluation des polluants permet ensuite de proposer des impacts sur les écosystèmes, sur la santé humaine, ou sur les ressources en eau pour les futures générations.

Dans AWARE, le score représentant le stress hydrique est calculé à partir d’une eau disponible dont la définition est la suivante :

Eau disponible = (Eau présente dans le milieu) – (Eau demandée pour les besoins des écosystèmes et des humains)

Le score de stress hydrique est le ratio de l’eau disponible à l’échelle mondiale sur l’eau disponible à l’échelle de la région où l’eau est consommée pour produire l’objet en question. Sa valeur se situe entre 0 et 100. Pour notre T-Shirt, ce score se situe autour de 31,5. La méthode AWARE analyse aussi l’eau consommée jusqu’à la fin de vie de l’objet. C’est par exemple 400 lavages pour un T-Shirt. Ainsi, un T-Shirt consomme 1340L d’eau sur l’ensemble de son cycle de vie. Cette eau se répartit à 91% pour la production du coton, 7% pour le lavage et 2% pour la fabrication textile. Avec un facteur de stress hydrique à 31,5 on se retrouve donc à un impact de 42210L, soit 42m3 AWARE. Contrairement aux autres empreintes eau, ce chiffre ne représente pas une vraie quantité d’eau physique mais un score équivalent.

 

comparatif empreinte eau t shirt

Et les polluants dans tout ça ?

En parallèle de la méthode AWARE, une analyse de cycle de vie approfondie quantifie l’impact des polluants émis tout au long du cycle de vie de l’objet (extraction des matières premières, transport, énergie, recyclage, …). Cette analyse propose finalement des résultats sur la santé humaine, la toxicité de l’eau ou l’eutrophisation de l’eau (excès de nutriments qui provoquent la prolifération des algues et la déprivation d’oxygène). La combinaison d’AWARE et de cette analyse est devenue la norme ISO-14046, qui fournit donc les règles et le cadre de calcul d’une telle empreinte eau.

L’empreinte eau : finalement c’est quoi ?

On l’a vu précédemment, le calcul d’une empreinte eau est très complexe, et demande un inventaire détaillé des pratiques agricoles et industrielles mondiales. Plusieurs méthodes existent, sachant que la méthode la plus diffusée auprès du grand public est celle du Water Footprint Network. Cette méthode propose de faire un listing de l’eau nécessaire à la création d’un bien ou d’un service, tout en donnant des moyennes mondiales. Si vous souhaitez connaitre votre empreinte eau personnelle selon cette définition, vous pouvez vous amusez un peu plus par ici (en anglais) ou ici (en français).

On a également vu que cette méthode ne prenait pas en compte l’état de stress hydrique du lieu de prélèvement. L’eau est pourtant parfois prélevée à des endroits où elle peut cruellement manquer aux écosystèmes et aux populations. D’autres définitions permettent alors de ne considérer que l’eau réellement consommée, en rajoutant un facteur de stress hydrique.

Enfin, ces approches sont dorénavant combinées avec des analyses complètes sur le cycle de vie d’un objet et des pollutions associées. En effet, rejeter une eau très polluée après la fabrication d’un objet a de forts impacts sur l’environnement, la biodiversité, et la santé humaine.

Le mot de la fin

Quelle que soit l’approche que vous utilisez, elle est toujours intéressante puisqu’elle permet de comparer des objets entre eux. On prend alors conscience que beaucoup d’eau est nécessaire pour produire nos objets du quotidien ou notre alimentation. Économiser de l’eau, ça passe évidemment par ne pas laisser couler le robinet, mais aussi par une consommation plus responsable.

Pour avoir plus d’exemples d’empreinte eau, n’hésitez pas à jouer à Eau’Rigine ou à l’extension de la Fresque de l’Eau.

PS : Pour ceux qui se posent la question, l’empreinte eau d’un œuf selon la définition du Water Footprint Network est de 196 litres 😉

Ressources

  • Calculez votre empreinte eau personnelle ici (anglais) ou ici (français)
  • Water Footprint Network ici
  • Méthode AWARE explicitée ici et ici 
  • Rapport WWF  ici
  • Rapport de Mekonnen et Hoekstra ici 
  • Publication de Pfister ici
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La publication a un commentaire

  1. Céline

    Très bon article. On ne se rend pas toujours compte du poids, que ce soit sur les émissions de CO2, la déforestation ainsi que sur le volume d’eau consommé, qu’ont nos choix que nous faisons tous les jours

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